
Dans une interview accordée à IQNA, cette personnalité malaisienne a déclaré que l'effet le plus profond et le plus durable de la révolution iranienne est d’ordre psychologique et idéologique : elle a restauré la confiance en soi des peuples en leur montrant que la résistance est possible.
Dans un monde où les équilibres de pouvoir évoluent rapidement, des penseurs comme Azmi Abdul Hamid proposent une lecture renouvelée de la Révolution islamique iranienne, un événement qui a dépassé les frontières géographiques et inspiré des mouvements anticoloniaux et en quête de justice en Amérique latine, en Afrique et en Asie.
À ses yeux, la véritable manifestation de la révolution ne réside pas dans sa dimension militaire, mais dans la renaissance de la confiance des nations à résister à la domination. Cette transformation a contribué à faire évoluer l’équilibre des forces en Asie occidentale vers un ordre plus multipolaire et à favoriser l’émergence de réseaux régionaux de résistance, malgré la persistance de défis économiques et diplomatiques.
Interrogé sur les notions de « justice », de « liberté » et de « dignité humaine », fondements de la Révolution islamique, il souligne que, du point de vue coranique, ces concepts ne sont pas de simples slogans politiques, mais des principes divins fondamentaux. Le Coran ordonne la justice comme une obligation : « Ô vous qui croyez ! Soyez stricts dans l’équité et témoins pour Dieu, même contre vous-mêmes ou contre vos parents et proches » (Sourate An-Nisa, 135). La justice, dans le Coran, est à la fois morale, sociale et structurelle ; elle ne saurait être sélective ou tribale.
Quant à la dignité humaine, elle est proclamée universelle : « Nous avons certes honoré les fils d’Adam » (Sourate Al-Isra, 70). Cette dignité intrinsèque ne dépend ni de la race, ni de la richesse, ni du pouvoir ; elle est ontologique et conférée par Dieu.
La liberté, dans la pensée coranique, commence par la libération de toute servitude envers autre que Dieu. Le tawhid n’est donc pas seulement un principe théologique, mais aussi un principe d’émancipation. Refuser la soumission à la tyrannie revient à affirmer la souveraineté divine face à l’autorité injuste. Dans cette perspective, la révolution de 1979 s’est présentée comme un retour à ces principes : rejet de la domination étrangère, primauté de l’autorité morale sur la puissance politique, centralité de la justice et valorisation de l’indépendance.
Selon lui, la révolution a défini la lutte politique comme le prolongement de la résistance coranique à l’oppression. Quelles que soient les opinions sur ses conséquences, son fondement idéologique s’enracine consciemment dans les concepts coraniques plutôt que dans des modèles révolutionnaires séculiers importés.
À propos de la lutte contre l’injustice et le « taghout » (tyrannie), le penseur rappelle que le Coran présente les prophètes comme des contestataires du despotisme : Moïse face à Pharaon, Abraham face à l’idolâtrie et au pouvoir autoritaire. Les dirigeants de la révolution ont opérationnalisé ce modèle en redéfinissant la résistance politique comme un devoir religieux fondé sur l’injonction au bien et l’interdiction du mal ; en mobilisant les masses par la conscience spirituelle à travers mosquées et rassemblements religieux devenus des espaces d’éveil politique ; et en sacralisant le sacrifice, notamment à travers le concept de martyre, transformant la peur en courage moral. Ils ont ainsi comblé le fossé entre le texte sacré et la rue, traduisant les versets sur la justice en action collective.
Concernant la transformation intérieure, il cite le verset : « Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant qu’ils ne changent pas ce qui est en eux-mêmes » (Sourate Ar-Ra’d, 11). Dans l’Iran postrévolutionnaire, il observe une forte culture de conscience politique, une participation active aux débats sur la souveraineté et l’indépendance, un récit enraciné de résistance face à la domination étrangère et une résilience face aux sanctions. Il note toutefois que cette transformation reste dynamique et débattue, reflétant une société active plutôt que passive.
Sur le plan international, la révolution a remis en cause l’idée selon laquelle les régimes autoritaires alliés à l’Occident étaient inébranlables et a montré que l’identité islamique pouvait être politiquement mobilisatrice. Elle a ravivé le débat sur la gouvernance et la souveraineté dans le monde musulman et inspiré des mouvements populaires au-delà même des sociétés musulmanes.
Enfin, à propos de la posture de l’Iran face aux États-Unis et au régime sioniste, il estime que cette opposition constante a eu des effets régionaux mesurables : renforcement de la dissuasion stratégique, émergence de réseaux de résistance et imposition de coûts à ses adversaires. L’équilibre régional est passé d’une domination unipolaire à une configuration plus compétitive et multipolaire.
Toutefois, les sanctions économiques, l’instabilité régionale et certaines formes d’isolement diplomatique demeurent. Le Moyen-Orient n’est plus façonné uniquement par des décisions unilatérales américaines ou israéliennes ; il est devenu plus fragmenté et plus multipolaire. Reste à savoir si cette évolution conduira à une stabilité durable, ce qui dépendra de la sagesse politique, de la résilience économique et des réformes internes à l’échelle régionale.